Dictionnaire philosophique
Article Fanatisme

Introduction

A. Le dictionnaire philosophique portatif ou la raison par alphabet (1764 – 1769).

Une œuvre de combat : au départ examen critique de la religion puis instrument de lutte en faveur du progrès, de la justice et de la tolérance.

B. Article Fanatisme

Une critique violente : une définition du fanatisme comme une maladie, un fléau. Envisage les remèdes possibles.

C. Axes de lecture

La nature du texte : un article de dictionnaire qui propose une définition.
Le fanatisme = une maladie
Les remèdes

I. Une définition du fanatisme

Organisation du texte :

§1

Définitions : fanatisme / fanatique et enthousiaste.

Fanatisme :

étymologie : du latin fanaticus, qui provient lui-même de fanum = le temple. Fanaticus signifie "ce qui concerne le temple", puis prend le sens d'"inspiré", "en délire", à propos des prêtres de Cybèle qui se livraient à des manifestations violentes au cours du culte rendu à la déesse. D'où le sens du mot "fanatique" : qui se croit inspiré par la divinité, "illuminé".

1. Vx. Qui se croit inspiré de la divinité, de l'esprit divin.

2. (XVIe). Mod. Animé envers une religion, et, par ext., envers toute espèce de doctrine, de cause ou de personne, d'une foi intraitable et d'un zèle aveugle et agressif.

3. (1764). Qui a une passion, une admiration excessive pour qqn ou qqch.

Superstition :

Hist. Ensemble des traditions religieuses, des préjugés contraires à la raison, au XVIIIe siècle (par oppos. à la philosophie).

- 2. (Fin XVIe). Plus cour. Le fait de croire que certains actes, certains signes entraînent, d'une manière occulte et automatique, des conséquences bonnes ou mauvaises (cf. Porter bonheur, malheur); croyance aux présages, aux signes heureux ou funestes.

- 3. (1742, Voltaire). Attitude irrationnelle, magique (en quelque domaine que ce soit).

Enthousiasme :

Étymologie : 1546; grec enthousiasmos "transport divin", de enthousia "inspiration", de l'adj. entheos, enthous "inspiré par un dieu", de en- "dans", et theos "dieu". - Théo-.

Celui qui est inspiré par la divinité : "le philosophe n'est point enthousiaste, il ne s'érige point en prophète, il ne se dit pas inspiré des dieux" (Voltaire).

Le fanatisme est selon Voltaire une aggravation de la superstition ; voir la gradation établie entre superstition, enthousiasme et fanatisme. Celui qui… celui qui…

Extase :

État dans lequel une personne se trouve comme transportée hors de soi et du monde sensible avec le sentiment de s'unir à un objet transcendant. Une extase. Qui a le caractère de l'extase. - Extatique. Inhibition de la sensibilité, de la motricité dans l'extase. - Extase mystique. - contemplation, ravissement, transport, vision (béatique). Béatitude, félicité de l'extase. Avoir des extases. - Tomber, être ravi en extase. Saint Paul déclare avoir été ravi en extase jusqu'au troisième ciel.

Transport :

Vive émotion, sentiment passionné (qui émeut, entraîne), état de celui qui l'éprouve. - Agitation , déchaînement, effusion, élan, enthousiasme, exaltation, excitation, ivresse, mouvement. Les angoisses et les transports de l'âme.

§2

Un exemple historique : la Saint Barthélémy.

massacre organisé des huguenots de Paris dans la nuit du 23 au 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélemy, et qui se poursuivit en province jusqu'en octobre.

§3

Les manifestations physiques du fanatisme. Exemple des convulsionnaires

§4 Les remèdes :

l'esprit philosophique

Insuffisance de la religion : exemples tirés de la Bible :

- Aod (ou Ehud, Ehoud) et Eglon : Ehud libère Israël de l'asservissement par Eglon, roi de Moab (Juges, 3,12)

- Judith et Holopherne : Héroïne juive qui, pour sauver la ville de Béthulie, séduisit Holopherne, le général ennemi, et, profitant de son sommeil, lui coupa la tête. (Judith, 10)

- Samuel / Agag : Samuel, juge d'Israël (gouverneur, chef de tribu = guerrier, héros d'épopée). Tue le roi Agag, roi des Amalécites. (Premier livre de Samuel, 15)

§5 et 6

Impuissance des lois

Une composition qui s'apparente également au domaine médical : Définition du cas ; ses degrés, ses symptômes, les remèdes.

II. Le fanatisme = une maladie

A. Le champ lexical de la maladie

Analogie posée d'emblée : fanatisme / transport ; superstition / fièvre.

Relevé du champ lexical qui parcourt tout le texte.

B. La nature du mal

Sa gravité : maladie incurable, gangrène, maladie épidémique, peste = un fléau.

Le fanatique = un fou furieux (rage (2x), folie, fureur, frénétique (Délire provoqué par une affection cérébrale). Un monomane guidé par une idée fixe.

C. Le siège de la maladie

Le cerveau, l'esprit. Le fanatique = un impulsif qui ne fait plus preuve de réflexion, se laisse emporter par son obsession. (cf. § 5)

Le corps l'emporte sur l'esprit : cf. comparaison avec la maladie. Surexcitation furieuse du corps : cf. description des convulsionnaires : défigurés par la maladie.

Le fanatique est influençable : (maladie épidémique). Exécute un mot d'ordre sans discuter. (les bourgeois de Paris) ; N'est pas convaincu rationnellement de la validité de sa cause, il a foi en une révélation. Sa certitude relève de la croyance, non de la raison. (l'esprit saint qui les pénètre, obéir à Dieu).

D. Ses effets, ses conséquences

Sur l'homme :

Dégradation, avilissement : cf description des convulsionnaires. Limitée aux manifestations extérieures de l'exaltation

Sur la société :

Épidémie : la maladie menace tout le corps social et risque de le gangrener.

Un individu dangereux pour la société. Violence : cf §2, la série de verbes insistant sur la cruauté. Intolérance (qui n'allaient point à la messe).

Un hors la loi : aucune loi n' a prise sur lui. (§5-6). Être asocial.

E. Le regard de Voltaire

Manifeste sa subjectivité : présentation critique :

La comparaison avec la maladie

Exemple personnel : j'ai vu (§3)

Ces misérables, ces gens-là : Démonstratifs à valeur péjorative.

Question finale : une certaine impuissance à lutter efficacement contre le mal.

III. Les remèdes

A. Les remèdes inefficaces

1. La religion

Le fanatisme est essentiellement d'origine religieuse : (voir les exemples et l'étymologie même du terme). La religion loin d'être un remède, agit comme un poison.

Les exemples du §4 : traitement ironique. Évoque des personnages bibliques, célèbres pour leur héroïsme, leur sens du sacrifice ; mais les présente comme des héros de faits divers sanglants :

Aod : un assassin (celui qui commet un meurtre avec préméditation)

Judith : une prostituée.

Samuel : un boucher.

Insiste sur vocabulaire de la cruauté (assassine, coupe la tête,, hache en morceaux) , de la trivialité (en couchant avec…). Présente l'histoire de la religion comme une succession d'actes de fanatisme.

Fanatisme = un paradoxe au regard de la religion chrétienne. Il est contraire à l'enseignement de la Bible (Tu ne tueras point) ils puisent leurs fureurs dans la religion même qui les condamne.

La religion ne peut être un remède à un mal dont elle est elle-même la cause.

2. Les lois

Inefficaces Cf champs lexicaux. . Opposition vocabulaire juridique / vocabulaire religieux + maladie.

Fanatiques = hors la loi, êtres asociaux qui ne reconnaissent pas les lois qui régissent la société.

B. Le seul vrai remède : l'esprit philosophique

Remède préventif. (adoucit, prévient). Négation restrictive : le seul remède possible. Il semble qu'il n'y ait pas de remède curatif.

Voltaire ne le définit pas précisément. L'esprit philosophique se définit par opposition à la religion.

Le philosophe est l'opposé du fou. "Éclairé", il est le contraire de l'illuminé qu'est le fanatique. Il est réfléchi, recherche la sagesse.

Le philosophe fait partie de la société, respecte ses lois, essaie de se rendre utile aux autres.

En matière religieuse, le philosophe s'insurge contre les préjugés, les superstitions. Voltaire réfute le sectarisme et l'intolérance au nom du déisme. (Cf. Zadig, chapitre 12, Le souper)

Conclusion

Le fanatisme = une maladie dangereuse, contagieuse pour l'individu qu'elle avilit et pour le corps social tout entier.

Un texte ordonné, souci de l'analyse des motivations et du comportement des fanatiques : une sorte d'étude d'un cas clinique. Un philosophe qui exerce sa raison sur l'étude d'une maladie de l'âme.

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