MOLIÈRE - Dom Juan
Acte V, scène 2 - Tirade de Sganarelle
Introduction
Présentation de Molière et de Dom Juan
Situation du passage
Au début de l'acte V, Don Juan annonce à son père sa
conversion et son repentir. Mais après son départ, il détrompe Sganarelle qui
se réjouissait de l'attitude de son maître et fait l'éloge de l'hypocrisie
qui lui permet d'être libertin en toute impunité.
Dans sa tirade Sganarelle s'indigne et cherche à prévenir son
maître du châtiment qui l'attend. Son discours s'apparente à une leçon de
morale mais sa tentative de démonstration est absurde et révèle le ridicule
et l'ignorance du valet.
Axes de lecture
 |
L'indignation du valet fidèle ; |
 |
Le discours moral ; |
 |
Une démonstration absurde qui traduit l'ignorance du valet. |
I. L'indignation du valet fidèle
 |
Le constat de l'immoralité de Don Juan suscite surprise
et indignation de Sganarelle.
L'exclamation initiale + interrogation.
"hypocrite" est associé à des termes péjoratifs et à des
tournures hyperboliques : "de tout point", "le comble des
abominations". |
 |
Ce constat détermine Sganarelle à parler.
Le champ lexical de le prise de parole : "parler", "décharge
mon cœur", "je vous dise".
L'expression de la nécessité : "je ne puis m'empêcher",
"il faut que"," je dois". |
 |
Sganarelle accepte le risque qu'il y a à parler et à
s'opposer à son maître.
Le "valet fidèle" se sent investi du devoir de corriger
l'immoralité de son maître quoiqu'il lui en coûte : gradation des
impératifs : "faites... battez... assommez... tuez." |
II. Le discours moral
"Sachez, Monsieur" introduit un discours à caractère
didactique : une leçon de morale au ton sentencieux.
 |
Une tirade apparemment structurée.
Sa composition obéit à une logique formelle ; les premières lignes
introduisent le raisonnement par un exposé des faits : le constat de l'immoralité.
Le corps du raisonnement, appuyé sur des exemples donne les raisons de
changer d'attitude.
Le "par conséquent" souligne l'aboutissement avec l'indication
menaçante du châtiment. |
 |
Les procédés d'écriture propres au discours.
Un discours à tonalité morale : encadré par "ciel" et
"diables" + un champ lexical à connotation morale.
Une suite de maximes : des phrase brèves, minimales à la structure simple
(S+V+Compl. ou attribut) ; les noms sont déterminés par des
déterminants définis au pluriel ou au singulier à valeur
généralisatrice ; les verbes au présent de vérité générale. |
III. Une démonstration absurde qui traduit l'ignorance du
valet
 |
Une structure incohérente.
- Hypertrophie de la partie centrale du "raisonnement".
- Une suite de propositions juxtaposées (parataxe) ; aucun lien logique ;
de simples reprise lexicales : le dernier mot de chaque maxime est
repris au début de la suivante.
- Le "par conséquent" ne repose sur aucune donnée logique. |
 |
Le contenu des maximes, révélateur de l'absurdité du
raisonnement.
- Certaines font référence à la sagesse populaire : de vrais proverbes
mais pas toujours en rapport avec la situation.
- Des "maximes" sans aucun contenu moral.
- Des évidences, des truismes.
Un discours où le raisonnement est inexistant : Sganarelle est emporté par
une sorte de mécanique, d'où le comique. |
 |
Un discours révélateur du personnage de Sganarelle.
Le valet qui se veut fidèle est :
Ridicule : l'affirmation de sa fidélité est excessive : cf. hyperboles
"assommez-moi", "tuez-moi"
Ignorant : il prend un ton sentencieux pour débiter des inepties. Incapable
de mettre en forme une pensée logique, structurée. Avoue naïvement son
ignorance en voulant s'appuyer sur un argument d'autorité : "cet
auteur que je ne connais pas."
Sganarelle singe le discours d'un homme cultivé. Sganarelle : figure
inversée du penseur. Il cherche à inverser le rapport maître /serviteur
en s'érigeant en donneur de leçons mais l'inversion débouche sur le
comique.
Un personnage ambigu : Molière fait de Sganarelle le défenseur ridicule de
valeurs que Don Juan rejette. |
Conclusion
Le personnage du valet ou de la servante donneurs de leçons est
fréquent chez Molière : par exemple Dorine dans Tartuffe, ou Toinette
dans le Malade Imaginaire.
Sganarelle est un exemple original : il se pose en donneur de
leçons mais il est incapable de construire un raisonnement cohérent. Figure
inversée du penseur, il donne une vision ridicule de la morale qu'il veut
défendre et que Don Juan refuse.