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Initiation au commentaire de texte

Passage à commenter : la description de la chambre de Félicité (Chapitre 4)

Lire le texte :
Travail préparatoire : lecture analytique faite en classe et prise de notes.
Exemple de rédaction :
(Il s'agit du travail d'un élève de seconde. Seules quelques corrections de détail ont été apportées.)

L'oeuvre de Gustave Flaubert, Trois Contes,est constituée de trois nouvelles : Un Coeur simple, La légende de Saint Julien l'hospitalier et Hérodias. Un Coeur simple raconte la vie d'une servante, Félicité, simple, dévouée à sa maîtresse et généreuse par nature, qui agit selon ses sentiments. L'histoire se déroule dans la Normandie du XIXe siècle. Le passage se situe au début du 4ème chapitre, après la mort de Loulou, le perroquet de Félicité, qu'on lui avait offert et auquel elle portait beaucoup d'affection. Flaubert évoque la chambre de Félicité comme étant "tout à la fois une chapelle et un bazar, tant il contenait d'objets religieux et de choses hétéroclites."

Le narrateur fait la description d'une chambre de bonne, de par la position de celle-ci au sein de la maison, ainsi que par sa nature, Félicité étant une servante. Cette pièce est donc une chambre de domestique du fait de sa taille, de son exiguïté car "une grande armoire gênait pour ouvrir la porte". Du fait aussi de son emplacement, une petite pièce mansardée et peu ouverte sur l'extérieur : seul un oeil de boeuf permet une vue sur le jardin. Des objets trahissent le statut social du locataire de la chambre : les objets de toilette se trouvent dans la chambre ("un pot à l'eau, deux peignes et un cube de savon bleu"), caractéristiques d'une partie assez nécessiteuse de la société. De même, la nature de certains objets reflètent une certaine pauvreté : "le lit de sangles", "une assiette ébréchée".

D'autre part, Flaubert évoque la chambre de Félicité comme un bazar, un mélange de "choses hétéroclites", qui se distinguent par leur variété. L'énumération des objets contenus dans la pièce donne l'impression d'un capharnaüm plus que d'une pièce à vivre ou d'une chambre à coucher. L'idée d'addition exagérée est perçue surtout par la syntaxe du texte, l'énumération, comme une liste. La nature des objets laisse penser qu'il s'agit d'un dépôt de vieilleries. En effet, il s'agit pour la plupart de rebuts, d'objets dont Mme Aubain ne se sert plus : "toutes les vieilleries dont ne voulait plus Mme Aubain, elle les prenaient pour sa chambre."Certaines de ces choses sont aussi inutiles que disgracieuses dans une chambre ("un arrosoir", une vieille "redingote de Monsieur"), ce qui souligne un certain mauvais goût.

Par ailleurs, Flaubert compare la chambre à une "chapelle". On y trouve divers objets religieux : "des chapelets", "des médailles", "un bénitier en noix de coco", plusieurs représentations de la Vierge. On observe aussi un changement de fonction de certains objets, à des fins qui se veulent plus spirituelles qu'usuelles. Ainsi, la commode de Félicité, couverte d'un drap se transforme en autel. On retrouve aussi des objets, des souvenirs que Félicité associe aux personnes qu'elle aime : "une boîte en coquillages" offerte par Victor,  "le petit chapeau de peluche" ayant appartenu à Virginie. Ces souvenirs sont devenus des reliques, de même que Loulou, empaillé, un objet de culte, dans la comparaison qu'elle fait entre l'oiseau et le Saint Esprit. Il est devenu une image d'apaisement de l'esprit comme pourrait l'être une icône ou une croix.

Voilà pourquoi l'on peut dire que la chambre de Félicité est à la fois une chambre de bonne, reflet de son statut social, un bazar qui représente sa volonté de tout garder et la richesse de ses sentiments, et une chapelle, image de l'amour qu'elle porte aux gens qui l'entourent, de sa foi, de sa piété révélée par la transposition qu'elle fait de Loulou et du Saint Esprit.