Séquence : Quels regards et quels discours sur l’autre ?

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Réfléchissant aux épreuves de la colonisation, le poète sénégalais Léopold Sedar Senghor a écrit, après la seconde guerre mondiale, cette "Prière de Paix".

[...]

Voilà que le serpent de la haine lève la tête dans mon coeur, ce serpent que j'avais cru mort...

Tue-le, Seigneur, car il me faut poursuivre mon chemin, et je veux prier singulièrement pour la France.

Seigneur, parmi les nations blanches, place la France à la droite du Père.

Oh ! je sais bien qu'elle est aussi l'Europe, qu'elle m'a ravi mes enfants comme un brigand du Nord des boeufs, pour engraisser ses terres à cannes et coton, car la sueur nègre est fumier.

Qu'elle aussi a porté la mort et le canon dans mes villages bleus, qu'elle a dressé les miens les uns contre les autres comme des chiens se disputant un os

Qu'elle a traité les résistants de bandits, et craché sur les têtes-aux-vastes-desseins.

Oui, Seigneur, pardonne à la France qui dit bien la voie droite et chemine par les sentiers obliques

Qui m'invite à sa table et me dit d'apporter mon pain, qui me donne de la main droite et de la main gauche enlève la moitié.

Oui, Seigneur, pardonne à la France qui hait les occupants et m'impose l'occupation si gravement

Qui ouvre des voies triomphales aux héros et traite ses Sénégalais en mercenaires, faisant d'eux les dogues noirs de l'Empire

Qui est la République et livre les pays aux Grands Concessionnaires

Et de ma Mésopotamie, de mon Congo, ils ont fait un grand cimetière sous le soleil blanc.

L.S. SENGHOR, Hosties Noires, 1948