Séquence : Quels regards et quels discours sur l’autre ?

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TEXTE A

Le racisme expliqué par un père à son enfant

Dans Le Racisme expliqué à ma fille, le romancier Tahar Ben Jelloun présente au lecteur, sous la forme d'un dialogue, les explications qu'il a données à sa petite fille pour lui faire comprendre le racisme. Il y utilise des mots simples, mais également un mode de raisonnement adapté à son interlocutrice.

– C'est quoi un étranger ?

– Le mot «étranger» vient du mot « étrange », qui signifie du dehors, extérieur. Il désigne celui qui n'est pas de la famille, qui n'appartient pas au clan ou à la tribu. C'est quelqu'un qui vient d'un autre pays, qu'il soit proche ou lointain, parfois d'une autre ville ou d'un autre village. Cela a donné le mot « xénophobie », qui signifie hostile aux étrangers, à ce qui vient de l'étranger. Aujourd'hui, le mot « étrange » désigne quelque chose d'extraordinaire, de très différent de ce qu'on a l'habitude de voir. Il a comme synonyme le mot « bizarre ».

– Quand je vais chez ma copine, en Normandie, je suis une étrangère ?

– Pour les habitants du coin, oui, sans doute, puisque tu viens d'ailleurs, de Paris, et que tu es marocaine. Tu te souviens quand nous sommes allés au Sénégal ? Eh bien, nous étions des étrangers pour les Sénégalais.

– Mais les Sénégalais n'avaient pas peur de moi, ni moi d'eux !

– Oui, parce que ta maman et moi t'avions expliqué que tu ne devais pas avoir peur des étrangers, qu'ils soient riches ou pauvres, grands ou petits, blancs ou noirs. N'oublie pas ! On est toujours l'étranger de quelqu'un, c'est-à-dire qu'on est toujours perçu comme quelqu'un d'étrange par celui qui n'est pas de notre culture.

Tahar Ben Jelloun, Le Racisme expliqué à ma fille, Éd. du Seuil, 1998.

TEXTE B

Le racisme expliqué aux lecteurs du journal Le Monde.

Au commencement, la xénophobie : l'étranger n'est pas accepté. On ne donne pas forcément de raisons. On parle à la rigueur d'incompatibilité ; on invoque le « seuil de tolérance ». En fait, on se sent menacé dans son petit bonheur, car on s'est installé dans un territoire de certitudes. A l'ouverture sur les autres, on préfère la méfiance. Cette hostilité à tout ce qui vient de l'étranger, quand elle est exaspérée, devient de la haine, l'ignorance et le manque d'information aidant. Le glissement vers le racisme affiché, vers le « racisme militant », se fait aisément en des moments de crise socio-économique et politique.

L'Autre devient l'indésirable parce qu'il a le tort de renvoyer à la société où il est de passage une image où elle ne se reconnaît pas. Le Noir aux États-Unis est l'image qui indispose une mentalité satisfaite et encombrée de préjugés. C'est une question de couleur de peau, de faciès; une question d'apparence. L 'Autre est refoulé sur simple présentation de son visage. Tout l'irrationnel du racisme est là : la haine de l'Autre à partir d'une question d’épiderme !

Tahar Ben Jelloun, « La xénophobie », Le Monde, Dossiers et Documents », 1978.